Au temps pour quoi

Au temps pour quoi

12/12/2018

Prologue
 
Je regarde le réveil sur ma table de chevet, je regarde ce temps qui passe et sa manière relative de filer dans le chaos. Par moments, un instant peut durer une seconde ou paraître inexorable. Nous sommes les victimes d’un temps que nous continuons de voir s’enfuir, imprécis, vers d’autres instants quand celui-ci ou celui-là nous plaisait davantage. Chaque tictac de l’horloge renvoie à ses itérations. Nous les meublons de lieux communs – ça y est, le temps a passé ou encore je devrais me dépêcher, il est désormais plus tard que ce qu’il était lorsque j’ai commencé cette phrase. Au final, tout appartient au passé. Il suffit de générer une simple pensée dans notre tête pour la savoir dès lors ridée de plusieurs secondes. Chez certaines espèces, une minute contient des existences entières pendant lesquelles il y a eu nourrissage, expériences, acte nuptial et décès.
Il n’est rien de plus dangereux que de vivre avec son temps. Parce que déjà, le temps n’appartient à personne. Nous le subissons sans jamais en avoir la jouissance, sans pouvoir s’enorgueillir ni de le contrôler, ni moins de le comprendre. Quel est l’éminent scientifique qui a décrété un jour que le temps était absolu, que chaque minute comptait ses secondes, toujours semblables, qu’elles étaient elles-mêmes segmentées en de plus petites fractions mais au demeurant toujours quantifiables ? J’aurais volontiers souhaité que cette personne soit mise en prison si je n’étais pas certain que le temps s’en soit chargé en la transformant en poussière pour le grand sablier de la vie. Le poète préfèrera tergiverser, de Lamartine à Gibran en proférant que le temps nous échappe et fuit ou que hier n’est que le souvenir d’aujourd’hui, et demain son rêve. 

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